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« Quand je suis au galop, je me sens cheval », raconte Carla Petit, 19 ans lors du tournage, pour décrire sa relation avec l’animal, sa passion depuis l’enfance. Avec son père, chef opérateur et réalisateur, elle va pouvoir la vivre loin de toutes les normes, en toute liberté, au cours de leur traversée des steppes kirghizes

=> lire l'article de Sylvie Sanabria publié le 28 avril 2025 par OUTSIDE

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Coup de coeur : « A perte de vue », le voyage initiatique d’un père et de sa fille malvoyante dans les steppes kirghizes
 28 avril 2025
 3 minutes


« Quand je suis au galop, je me sens cheval », raconte Carla Petit, 19 ans lors du tournage, pour décrire sa relation avec l’animal, sa passion depuis l’enfance. Avec son père, chef opérateur et réalisateur, elle va pouvoir la vivre loin de toutes les normes, en toute liberté, au cours de leur traversée des steppes kirghizes, à plus de 4 000 mètres. Un périple de trois semaines dont elle sortira transformée et dont père et fille ont tiré un documentaire beau et profond. Les jurys des festivals ne s’y sont pas trompés : le film a fait le plein de prix, de la Rochelle à Dijon, en passant, il y a quelques jours encore, par Val d’Isère. 
S’il ne fallait voir qu’une scène de « A perte de vue », film de 52 minutes coréalisé par Pierre Petit et sa fille, Carla, ce serait le passage, absolument bouleversant, où elle part au galop sur son cheval à flanc de montagne. La scène serait banale si la jeune fille, 19 ans à l’époque, n’était pas malvoyante, suite à une malformation du nerf optique. Mais, campée sur son cheval, maîtresse femme, elle n’incarne que la joie et la liberté. Preuve que le duo a réussi son film, parler du handicap, sans tomber dans le pathos. 


Ce n’était certainement pas l’objectif de Pierre et de sa fille, lorsqu’à la veille des 20 ans de Carla, de son entrée dans l’âge adulte, ils décident de faire un périple ensemble, très loin de leur quotidien. Mais le chef opérateur et réalisateur a su poser sa caméra avec une infinie délicatesse, et Carla trouver les mots justes pour se dévoiler, raconter ses émotions. Car, aux côtés des Kirghizes, tout la submerge. Odeurs, sons, énergies, tout est nouveau. C’est un flot d’informations qu’elle analyse pour se dresser une carte mentale que commente Pierre, comme il le fait depuis des années, en homme d’images et en père attentif. 

Curieuse et enthousiaste, Carla accueille ces découvertes avec confiance, sure de la bienveillance de ceux qui l’entourent. « Je pars du principe que chaque personne que je croise peut faire montre de ces qualités-là, comme j’espère en faire montre pour elle. Il y a des personnes avec qui ça marche, et il y a des personnes avec qui ça ne marche pas », nous dit-elle.


« Ca m’a permis de découvrir le monde de mon père, le monde des images »
C’est une expérience unique que vivra Carla. « Symboliquement, déjà, c’était très fort, parce que ça marquait mon passage à l’âge adulte. Et finalement, c’était aussi une forme d’accomplissement. Une perte de repères complète. Dans le sens où on a vraiment laissé toutes les normes sociales qu’on connaît ici. C’était aussi une espèce de défi de partir à deux et de faire ce film. Parce qu’on avait écrit des choses, mais on ne savait pas ce qu’on allait rencontrer. C’était la première fois que je rentrais dans un projet d’une telle dimension. Ça m’a aussi permis de découvrir le monde de mon père, le monde des images. Et d’une certaine façon de découvrir qui je suis profondément, une fois éloignée de toutes les normes et toutes les contraintes de mon quotidien. On n’était pas dans le même espace-temps. Ce n’était pas les mêmes interactions, et, à part mon père, il n’y avait personne qui me connaissait déjà »


Depuis son périple, Carla, étudiante en alternance en agronomie du côté d’Aix-en-Provence, a renoué avec l’aventure. Pendant un an, elle a fait un tour de France des fermes en 2023-24, sac au dos, accompagnée de sa chienne guide Liska. « J’ai rencontré des gens, j’ai découvert des pratiques et des territoires. C’était vraiment très enrichissant », dit-elle. Pour l’heure, elle se concentre sur ses études, mais elle repartirait bien sur les routes. A pied ou à cheval, sans doute avec des proches. Moins loin, peut-être, mais « sans avoir de destination finale. Pour laisser cours à toutes les rencontres et à toutes les expériences qui pourraient en sortir ». Lauréat cette année du prix Ushuaïa au Festival du film Aventure & Découverte de Val d’Isère, « A perte de vue », sera programmé sur la chaîne (date non communiquée à ce jour). Le documentaire devrait pouvoir être regardé en audiodescription grâce à l’application Greta que chacun peut télécharger sur son téléphone.


Photo d'en-tête : Pierre Petit
Thèmes : FemmeFilmsHandicapRandonnée à cheval

28/04/2025
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